Aimer son pays

Prêche du vendredi 23 octobre 2026, par Makhlouf Mameche. Après les scènes de violence et de pillage de ces derniers jours, un rappel : aimer son pays se prouve par les actes, les biens d’autrui sont une responsabilité sacrée, et la colère ne justifie jamais de s’en prendre à des innocents.

Notre foi se manifeste dans la prière, dans le jeûne et dans l’invocation. Mais elle se manifeste également dans notre manière de vivre avec nos voisins, de respecter le travail d’autrui et de prendre soin du pays dans lequel nous vivons.

Aujourd’hui, je voudrais rappeler une responsabilité essentielle : aimer son pays et contribuer à sa paix, préserver les biens d’autrui et refuser le vol, le pillage et la destruction.

Les scènes de violence et de pillage que nous avons vues ces derniers jours doivent nous interpeller. Derrière une vitrine brisée, il y a parfois les efforts de toute une vie. Derrière un véhicule incendié, il y a une famille, un salarié qui doit se rendre au travail, un parent qui accompagne ses enfants. Derrière un équipement public détruit, il y a un service dont toute une population a besoin.

Nous devons donc rappeler des principes clairs, avec fermeté, mais aussi avec le souci d’éduquer, de prévenir et de réparer.

Aimer son pays, un attachement nourri par les actes

Chers fidèles, aimer son pays est un attachement que l’on nourrit par ses actes.

Le Prophète ﷺ aimait La Mecque. Lorsqu’il dut la quitter, il exprima sa peine et son attachement à cette terre. Il lui adressa ces paroles :

« Comme tu es chère à mon cœur ! Si mon peuple ne m’avait pas chassé, je n’aurais pas habité ailleurs. »

Rapporté par at-Tirmidhi

Ce récit nous rappelle la profondeur de l’attachement à sa terre natale. Et lorsque le Prophète ﷺ s’établit à Médine, il participa à la construction d’une société, à l’organisation de la vie commune et à la protection de ses habitants.

Pour nous qui vivons en France, dont beaucoup sont les enfants et les citoyens, cet attachement doit aussi se traduire concrètement : travailler avec honnêteté, respecter ses engagements, prendre soin de son quartier, préserver ses écoles, aider ses voisins et contribuer au bien commun.

La France est notre pays. Son avenir concerne nos enfants. Sa paix nous concerne. Les difficultés de ses habitants nous concernent.

Aimer son pays sans fermer les yeux sur l’injustice

On peut aimer son pays et souhaiter qu’il s’améliore. On peut lui être attaché et dénoncer une injustice. On peut être reconnaissant pour ce qu’on y reçoit et agir pour corriger ce qui y fait souffrir.

L’amour de la patrie ne demande pas de fermer les yeux sur les injustices. Il nous engage à les combattre avec justice et à protéger la maison commune. Allah nous enseigne cette exigence de justice :

« Que la haine pour un peuple ne vous incite pas à être injustes. Soyez justes : cela est plus proche de la piété. »

Sourate Al-Mâ’ida, verset 8

Même dans le désaccord, même dans la colère, la justice demeure notre obligation.

Les biens d’autrui, une responsabilité sacrée

Chers frères, chères sœurs, les biens d’autrui sont une responsabilité sacrée. Allah dit :

« Ô vous qui croyez ! Ne vous appropriez pas injustement les biens les uns des autres. »

Sourate An-Nisâ’, verset 29

Ce rappel doit habiter notre conscience : ce qui appartient à autrui ne devient pas permis parce qu’il est accessible, parce qu’une porte a été forcée ou parce que d’autres se servent.

Une vitrine brisée ne rend pas une marchandise licite. Une foule ne transforme pas le vol en droit. Le désordre ne suspend pas notre responsabilité devant Allah.

Prendre un vêtement, un téléphone ou de la nourriture dans un commerce pillé reste une appropriation injuste. Celui qui entre après les premiers voleurs ne peut pas se justifier en disant : « Ce n’est pas moi qui ai cassé la porte. » La porte a peut-être été ouverte par quelqu’un d’autre, mais le choix de prendre lui appartient.

Et le respect des biens ne dépend pas de la religion de leur propriétaire. Les biens de notre voisin, de notre collègue, du commerçant de notre rue doivent être respectés, qu’il soit musulman ou non.

La richesse supposée d’un propriétaire ne nous donne aucun droit sur son bien. L’existence d’une assurance ne rend pas la destruction acceptable. Nous ne connaissons ni les dettes, ni les difficultés, ni les conséquences humaines qui se cachent derrière une façade.

Pensons au commerçant qui arrive le matin devant son magasin dévasté. Pensons au salarié qui se demande s’il conservera son emploi. Pensons à cette famille qui n’a plus de voiture pour travailler. La foi nous apprend à voir ces personnes, à entendre leur peine et à protéger leurs droits.

Les biens publics, confiés à notre responsabilité collective

Les biens publics méritent également notre vigilance. Une école, un autobus, une bibliothèque, un centre social, un hôpital ou un équipement sportif servent les habitants.

Détruire ces lieux, c’est priver des enfants d’un service, compliquer la vie des familles et faire supporter à tous le coût des dégâts. Un bien public n’est pas un bien sans propriétaire dont chacun pourrait disposer à sa guise. C’est un bien confié à notre responsabilité collective. Allah dit :

« Ne semez pas la corruption sur terre après qu’elle a été réformée. »

Sourate Al-A’râf, verset 56

Notre vocation est de contribuer à ce qui permet aux hommes de vivre dignement : la sécurité, la confiance, l’entraide et la justice.

La colère, une épreuve de maîtrise de soi

Chers fidèles, il existe des souffrances réelles : la précarité, les discriminations, le sentiment de ne pas être entendu, l’inquiétude pour l’avenir. Ces souffrances méritent une écoute sincère et des réponses justes. Les rappeler ne nous dispense jamais de condamner les agressions, les incendies et les vols.

Une revendication peut être légitime ; elle ne donne pas le droit de s’en prendre à un innocent. Celui qui subit une injustice reste tenu de respecter les droits d’autrui.

Brûler le véhicule de son voisin ne répare aucune injustice. Piller un commerce ne rend pas la société plus équitable. Agresser un passant ne fait avancer aucune cause.

Le Prophète ﷺ nous enseigne que la véritable force réside dans la maîtrise de soi au moment de la colère.

Hadith rapporté par al-Bukhari et Muslim

Cette force, nous devons l’apprendre à nos enfants : savoir s’arrêter, refuser l’entraînement du groupe et garder sa conscience éveillée lorsque l’émotion devient forte.

À nos jeunes

À nos jeunes, je veux dire : vous avez une valeur, des capacités et un avenir. Préservez-les. Si quelqu’un vous entraîne vers le pillage ou la violence, il vous expose à faire souffrir les autres et à compromettre votre propre avenir.

Vous pouvez agir pour la justice par votre parole, vos études, votre travail, votre engagement associatif et les moyens pacifiques que la société met à votre disposition.

Votre énergie est précieuse. Mettez-la au service d’une œuvre dont vous pourrez être fiers devant Allah.


Une responsabilité qui commence dans nos familles

Chers frères, chères sœurs, notre responsabilité commence dans nos familles.

Apprenons à nos enfants à respecter ce qui appartient aux autres, même les petites choses. Intéressons-nous à leurs fréquentations, à ce qu’ils regardent et à ce qu’ils partagent sur les réseaux sociaux.

Lorsqu’un jeune rapporte un objet dont l’origine est douteuse, notre devoir est de lui parler, de comprendre et de lui rappeler les limites. L’affection que nous lui portons doit nous donner le courage de l’éduquer.

Une parole juste, y compris sur les réseaux sociaux

Soyons aussi attentifs à ce que nous diffusons. Un message peut appeler au calme ; un autre peut encourager une agression. Ne relayons pas les appels au pillage, ne félicitons pas ceux qui détruisent et ne transformons pas la souffrance des victimes en spectacle.

Condamnons les actes avec clarté, sans accuser toute une jeunesse, tout un quartier ou toute une communauté. Chacun répond de ses propres actes. Notre parole doit rester juste jusque dans la réprobation.

La porte du repentir reste ouverte

Enfin, à celui qui aurait participé à un vol ou à une dégradation, rappelons que la porte du repentir reste ouverte.

Ne désespère pas de la miséricorde d’Allah. Mais prends le chemin d’un repentir sincère : cesse le mal, regrette ce que tu as fait et prends la résolution de ne pas recommencer.

Lorsque les droits d’autrui ont été atteints, il faut aussi rendre ce qui a été pris et réparer le préjudice autant que possible. Demander pardon à Allah nous engage à rétablir les droits de ceux que nous avons lésés.

Et nous, comme communauté, soyons présents auprès des victimes. Prenons de leurs nouvelles, aidons-les selon nos moyens et apprenons à nos enfants la solidarité concrète.

Prendre soin de ceux qui vivent ici

Chers fidèles, que nos voisins trouvent auprès de nous la sécurité. Que notre quartier bénéficie de notre présence. Que notre pays reçoive le fruit de notre honnêteté, de notre travail et de notre engagement.

Aimer son pays, c’est prendre soin de ceux qui y vivent. Respecter leur vie, leurs biens et leur dignité fait partie de notre responsabilité devant Allah.

Invocation

Ô Allah, protège notre pays et tous ses habitants.
Accorde-nous la sécurité, la justice et la paix.
Guide notre jeunesse et préserve nos enfants de la violence et de l’égarement.
Soutiens les victimes, guéris les blessés et apaise les cœurs.
Apprends-nous à être justes dans la satisfaction comme dans la colère.
Fais de nous des personnes qui ouvrent les portes du bien et qui empêchent le mal.

Prêche du vendredi 23 octobre 2026 – Makhlouf Mameche.

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