La sacralité de l’être humain
Prêche prononcé le vendredi 30 octobre 2026 (18 joumada al-oula 1448) à la mosquée Assalam de Clermont-Ferrand. Une semaine après l’attentat raciste de Trappes et La Verrière, il revient sur un verset qui s’adresse à l’humanité tout entière, sur la tolérance que l’islam enseigne et sur le devoir de bannir la haine.
Chers frères, chères sœurs,
Allah nous dit dans Son Livre :
« Ô hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des peuples et des tribus, pour que vous vous entre-connaissiez. Le plus noble d’entre vous auprès d’Allah est le plus pieux. Allah est certes Omniscient et Parfaitement Connaisseur. »
Sourate Al-Hujurat, 49:13
Une origine commune pour toute l’humanité
Remarquez que ce verset ne commence pas par « Ô vous qui croyez », mais par « Ô hommes » : il s’adresse à l’humanité tout entière. Il rappelle à chacun son origine commune — un même père, une même mère — et fait de la diversité des peuples, des couleurs et des langues un moyen de se connaître, non de s’affronter ; une richesse qui se complète, non une hiérarchie. Le seul critère de noblesse auprès d’Allah n’est ni la couleur de peau, ni l’origine, ni la nationalité, mais la piété et les œuvres.
La diversité, un signe d’Allah
Allah a même fait de cette diversité l’un de Ses signes :
« Et parmi Ses signes, la création des cieux et de la terre, et la diversité de vos langues et de vos couleurs. Il y a vraiment là des signes pour ceux qui savent. »
Sourate Ar-Rum, 30:22
Celui qui méprise une couleur de peau ou une langue méprise donc, sans le savoir, un signe d’Allah. Et Il a honoré l’être humain en tant qu’être humain : « Certes, Nous avons honoré les fils d’Adam » (Sourate Al-Isra, 17:70). Cette dignité appartient à tous les enfants d’Adam, musulmans ou non, quelle que soit leur couleur ou leur origine.
Le racisme, une survivance de la Jâhiliyya
Le Prophète ﷺ a confirmé ce principe lors du pèlerinage d’adieu, devant la plus grande assemblée de ses compagnons :
« Ô gens ! Votre Seigneur est unique et votre père est unique. Un Arabe n’a aucune supériorité sur un non-Arabe, ni un non-Arabe sur un Arabe, ni un Blanc sur un Noir, ni un Noir sur un Blanc, si ce n’est par la piété. »
Rapporté par Ahmad
Et lorsqu’Abou Dharr — pourtant compagnon d’une grande noblesse — rabaissa un homme à cause de sa mère, le Prophète ﷺ lui dit : « Tu es un homme en qui subsiste encore de la Jâhiliyya » (Boukhari et Muslim), c’est-à-dire de l’ignorance d’avant l’islam. Le racisme, dans la balance de l’islam, est donc une forme de Jâhiliyya, quels que soient les habits neufs dont il se pare.
Rappelons-nous que c’est Bilal l’Abyssin, ancien esclave, que le Prophète ﷺ a choisi pour monter sur la Kaaba et appeler à la prière le jour de la conquête de La Mecque.
Nulle contrainte en religion
La grandeur de cette religion est aussi de ne s’être jamais fondée sur la contrainte : « Nulle contrainte en religion » (Sourate Al-Baqara, 2:256) ; « À vous votre religion, et à moi ma religion » (Sourate Al-Kafirun, 109:6). Plus encore, Allah nous ordonne la bonté et la justice envers ceux qui ne partagent pas notre foi.
Le Prophète ﷺ vit un jour passer le convoi funèbre d’un juif ; il se leva par respect. On lui dit : « C’est l’enterrement d’un juif ! » Il répondit : « N’était-ce pas une âme ? » (Boukhari et Muslim). Voilà la leçon : toute vie humaine est sacrée, quelle que soit la croyance de celui qui la porte. À Médine déjà, la charte établie par le Prophète ﷺ reconnaissait aux tribus juives leur religion et leurs droits au sein d’une même cité.
La vie humaine est sacrée
L’islam a sacralisé la vie humaine, quelle que soit la religion ou la couleur :
« Quiconque tue une âme, sans qu’elle ait tué ou semé la corruption sur la terre, c’est comme s’il avait tué tous les hommes. Et quiconque lui sauve la vie, c’est comme s’il avait sauvé la vie de tous les hommes. »
Sourate Al-Ma’ida, 5:32
La haine est une graine mauvaise : elle commence par un mot de mépris, se nourrit de discours qui déshumanisent et d’amalgames répétés à longueur d’écrans, et finit par faire couler le sang.
Trappes et La Verrière : quand la haine tue
Nous l’avons vu, hélas, le vendredi 23 octobre, à Trappes et à La Verrière, dans les Yvelines. Un homme a tiré en rafales depuis sa voiture sur des passants, tuant un jeune homme de 26 ans, Pengo Bossio Wangi, et blessant cinq autres personnes, dont une fillette de 12 ans grièvement touchée. Le parquet national antiterroriste a qualifié ces faits d’attentat terroriste à caractère raciste.
Des innocents, visés non pour ce qu’ils avaient fait, mais pour ce qu’ils étaient : leur couleur de peau, leurs origines. C’est exactement l’inverse du verset que nous avons lu : au lieu de « se connaître », on cherche à éliminer l’autre ; au lieu de reconnaître dans sa différence un signe d’Allah, on y voit une cible.
Ce drame porte une leçon profonde. La haine raciste ne voit plus dans l’autre un être humain : elle ne voit qu’une couleur, une origine, qu’elle voudrait effacer. Elle s’attaque ainsi à la dignité même qu’Allah a accordée à tous les enfants d’Adam. La douleur de ces innocents est donc notre douleur à tous, et leur blessure est celle de l’humanité entière. C’est pourquoi notre peine est une peine sincère, humaine et fraternelle — à l’image du Prophète ﷺ qui s’est levé devant une dépouille en rappelant : « N’était-ce pas une âme ? »
Répondre à la haine par la justice
Frères et sœurs, la réponse à la haine ne peut pas être la haine. Elle est dans la justice et la sagesse :
« Que la haine pour un peuple ne vous incite pas à être injustes. Soyez justes : cela est plus proche de la piété. »
Sourate Al-Ma’ida, 5:8
Nous ne ferons jamais porter à tout un groupe le crime d’un seul homme — de même que nous refusons qu’on nous fasse porter les crimes de ceux qui se réclament faussement de notre religion : « Nul ne portera le fardeau d’autrui » (Sourate Al-An’am, 6:164). Ayons confiance en la justice de notre pays, et ne laissons ni la peur ni la colère nous enfermer dans le repli.
Être des ambassadeurs de la miséricorde
Éduquons nos enfants à cette parole rapportée d’Ali ibn Abi Talib : « Les gens sont de deux sortes : soit ton frère en religion, soit ton semblable dans la création. »
Soyons les ambassadeurs de la miséricorde avec laquelle le Prophète ﷺ a été envoyé : « Et Nous ne t’avons envoyé qu’en miséricorde pour les mondes » (Sourate Al-Anbiya, 21:107) — pour les mondes, et non pour les seuls musulmans. Le Prophète ﷺ a dit : « Le croyant est celui auprès de qui les gens sont en sécurité pour leur vie et leurs biens » (Tirmidhi et Nasâ’î).
Allons vers nos voisins, nos collègues, les membres des autres communautés ; montrons, par nos actes plus que par nos paroles, que la fraternité humaine n’est pas un slogan, mais un commandement divin.
Hommage aux victimes
Nous rendons hommage à Pengo Bossio Wangi, 26 ans, décrit par ses proches comme un jeune homme lumineux, joyeux et attachant, qui avait grandi en foyer à Poissy et se construisait une vie à force de travail et de passion pour le sport. Nous adressons nos plus sincères condoléances à sa famille, à ses amis et à son club, et prions Dieu de leur accorder patience et réconfort.
Nos pensées vont aussi aux cinq blessés, et tout particulièrement à cette fillette de 12 ans, touchée à plusieurs reprises, qui devra affronter une longue rééducation. Qu’aucun enfant n’ait plus jamais à payer le prix de la haine des adultes. Nous pensons enfin aux habitants de Trappes et de La Verrière, blessés dans leur cœur.
Invocation
« Ô Allah, Seigneur des hommes, dissipe le mal et guéris, Tu es Celui qui guérit ; il n’est de guérison que la Tienne, une guérison qui ne laisse aucune maladie. »
Boukhari et Muslim
Ô Allah, guéris les blessés de cette attaque injuste, tout particulièrement cette enfant innocente ; revêts-la de santé et affermis le cœur de ses parents. Ô Allah, ôte de nos cœurs la rancune et la haine, fais de nous des clés pour le bien et des verrous contre le mal, et préserve notre pays et tous les peuples des épreuves, apparentes et cachées.
Prêche du vendredi 30 octobre 2026 – Mosquée Assalam, Clermont-Ferrand.
